8 octobre 1942, la rafle d’Angoulême PDF Imprimer Envoyer

La rafle du Vel’d’Hiv est restée dans les esprits, elle est commémorée par le pays tout entier à cause de sa brutalité et du nombre de ses victimes. Elle a été au départ de beaucoup d’autres rafles qui ont laissé des traces dans les villes où elles se sont produites.

La rafle d’Angoulême, le 8 octobre 1942 est de celles-ci. Quelques mois avant, en juin, les autorités françaises avaient établi la liste de tous les Juifs de Charente et avait promulgué, pour eux, l’obligation de porter l’étoile jaune.

Dès la nuit du 8 octobre et les jours suivants, les gendarmes et les policiers du département ont arrêté les Juifs partout où ils se trouvaient, dans les moindres villages de la région. 442 se retrouvèrent parqués dans la Salle Philharmonique d’Angoulême, bien évidemment pas prévue pour cela. 442 personnes de tous âges entassées dans des conditions épouvantables durant plusieurs jours. Il en sera libéré 55, celles et ceux qui étaient de nationalité française, et le 15 octobre, 387 malheureux sont transférés à Drancy pour être envoyés à Auschwitz par les convois 40 et 42, des 4 et 6 novembre 1942. Seulement 7 d’entre eux ont survécu, on peut dire par miracle.

Parmi les 55 de nationalité française,  se trouvait Henri Zajdenwergier, âgé alors de 14 ans. Il doit la vie, à ce moment-là, au réflexe de son père qui l’a poussé en avant en criant :“Il est Français !”, et aux justes qui l’ont recueilli ensuite(*).

Il était présent, le lundi 8 octobre 2012, à Angoulême. Ce jour-là voyait le résultat du travail acharné de l’Association des Juifs de Charente, présidée par Gérard Benguigui : une stèle portant le nom des 387 victimes juives charentaises, prises dans la rafle du 8 octobre 1942.

Grande cérémonie pour des centaines de personnes qui, malgré la pluie incessante se sont réunies devant l’ancienne Salle Philharmonique, celle même où ont été parqués les malheureux (devenue, depuis, le Conservatoire d’Angoulême). Robert Frank, autre survivant, est également là, ainsi que Françoise Steinberg, qui représente quatre membres de sa famille, les Bender, exterminés à Auschwitz.

Serge Klarsfeld est aux côtés du maire d’Angoulême,  Philippe Lavaud.

Les interventions, les témoignages se succèdent, les noms des 387 victimes non revenues, gravés dans la pierre, sont cités avec beaucoup d’émotion. Emotion que prolonge l’orchestre du Conservatoire d’Angoulême lorsqu’il interprète la chanson du film La Liste de Schindler, “Yerushalaim shel zahav”. Un long silence s’est établi, seule réaction possible après ces instants inoubliables.

Sur la stèle, sous la liste des déportés, une autre liste est gravée, celle de 23 Justes d’Angoulême qui ont été honorés par Yad Vashem.

 

Gérard Benguigui :

“Il aura fallu 70 ans pour que vos noms sortent enfin  du néant, 70 ans c’est le temps d’une vie.”

 

(*) Henri n’échappera pas à la déportation : en  mai 1944, il part avec le Convoi 73 dont il est, à ce jour le seul survivant.

Mise à jour le Jeudi, 06 Décembre 2012 16:35