L'association
La genèse de l'Association "les Familles et Amis des Déportés du Convoi 73" PDF Imprimer Envoyer

Les hommes du convoi 73 étaient plutôt jeunes et en bonne santé, ils avaient résisté à l'Occupation, beaucoup faisaient partie d'un réseau de Résistance et ils avaient presque tous une famille : père et mère, frères et soeurs, épouse et enfants, neveux et nièces. Ils venaient de toutes les couches de la société, étaient français, étrangers, apatrides. Certain étaient religieux, d’autres détachés de leur judéité.

A la Libération, très peu de familles purent avoir des renseignements sur le sort de leur déporté. Pour beaucoup, même, ces renseignements, qu'ils viennent du Ministère des Anciens Combattants ou d'autres organismes officiels, donnaient Auschwitz comme lieu de disparition. C'était un « sort commun » et les familles, qui comptaient en leur sein d'autres victimes de la Shoah, vivaient avec leur chagrin.

En 1978, toutefois, après la parution du Mémorial de la Déportation des Juifs de France, de Serge Klarsfeld, beaucoup apprirent la double destination du Convoi : Kaunas en Lituanie et Reval-Tallinn en Estonie, sans pouvoir savoir dans lequel des deux endroits s’était trouvé leur déporté. Sur les actes de décès il était courant de voir indiqué « Mort en Déportation à Kaunas-Reval » comme s’il s’agissait d’un seul lieu ou « Mort à Auschwitz ». Les Organismes officiels n’étaient pas mieux informés.

Arriva l'année 1994 au cours de laquelle on célébra le 50ème anniversaire de la libération des camps . Enfin, on parlait de la déportation, de l’enfer inimaginable qu'elle représentait et de la tragédie dans laquelle elle avait plongé tant d'êtres privés des leurs. Et ces familles s’exprimaient enfin.

Dans « Le Monde » des 15 et 19 mai 1994, une dizaine d'annonces-souvenir parurent à la mémoire de déportés du convoi 73. Les souscripteurs ne se connaissaient pas, simplement des familles avaient décidé de faire savoir publiquement qu'elles n'oubliaient pas, que la plaie ne se refermait pas. Les enfants étaient devenus des adultes, des épouses étaient encore là, des frères et des sœurs, des neveux et des nièces témoignaient de ce que l'un des leurs avait été déporté 50 ans auparavant et qu'il leur manquait toujours.

Les annonces du Monde du 15 mai 1994

Ces annonces agirent comme un déclic : l'un des souscripteurs écrivit aux autres par l'intermédiaire du journal : « Vous avez eu un déporté dans le convoi 73, moi aussi. Avez-vous été sur le lieu de sa mort ? Si oui, donnez-moi des renseignements pour faire ce voyage ; sinon, voulez-vous que nous le fassions ensemble ? ».

Un an après, avait lieu le premier voyage de la mémoire dans les Pays Baltes organisé par les familles. En 1993, Serge Klarsfeld avait déjà marqué sa présence au Fort 9 de Kaunas et à la prison Paterei de Tallinn en y apposant des plaques signées Les Fils et Filles des Déportés Juifs de France.

Ces deux lieux furent visités par les familles. Contact avait été pris avec les Ambassadeurs de France en Lituanie et en Estonie, avec les autorités locales et les communautés juives. Tous accueillirent chaleureusement le groupe et participèrent aux cérémonies commémoratives.

Quelques mois après ce premier voyage, une publicité ayant été faite dans les lieux cultuels et dans la presse communautaire pour retrouver d'autres familles de déportés du convoi 73, et le bouche à oreille aidant, il se trouva très vite 100 puis 200 familles qui en Juillet 1999 se constituèrent en association régie par la loi de juillet 1901, les Familles et Amis des Déportés du Convoi 73.

 

Extrait des statuts de l’association :

 

Article 2 – But de l’association

Cette association a pour but de regrouper les parents et amis des déportés du convoi 73, parti de Drancy le 15 mai 1944 en direction de la Lituanie et de l’Estonie, en vue de perpétuer et transmettre le souvenir des 878 hommes qui constituaient ce convoi.

Les moyens d’action envisagés peuvent revêtir plusieurs formes : organisation de voyages de la mémoire sur les lieux d’extermination de ces déportés, cérémonies commémoratives, collecte de documents et de témoignages partout où cela sera possible, exposés et rappel des caractères spécifiques du convoi 73 partout et chaque fois que cela pourra se faire et sous les formes que les membres de l’Association estimeront les plus appropriées, publications diverses imprimées ou sous d’autres formes, réalisations audio-visuelles ou autres.

Mise à jour le Dimanche, 15 Décembre 2013 11:49
 
Activités annuelles de l'association PDF Imprimer Envoyer

A ce jour, l'association « Les Familles et Amis des Déportés du Convoi 73 » regroupe environ 350 familles qui représentent 280 déportés. Il y a souvent plusieurs enfants ou plusieurs frères et sœurs pour un déporté, et l'on compte maintenant des descendants des 2ème et 3ème  générations.

La commémoration du 15 mai 1944


Un grand nombre de familles des déportés se retrouvent fidèlement chaque année pour commémorer la date du 15 mai 1944, jour du départ de Drancy du convoi. La cérémonie a lieu le dimanche le plus proche après le 15 mai et se déroule devant le monument de la déportation, à l'entrée de la Cité de la Muette à Drancy, puis à l'ancienne Gare de Bobigny d'où partaient les convois.

Les autorités locales, M. Jean-Christophe Lagarde, Député-Maire de Drancy, Mme Catherine Peyge, Maire de Bobigny, M. Raphaël Chemouny, du Conservatoire Historique du Camp de Drancy, participent à ces cérémonies : dépôt de gerbes, allumage de bougies, récitation du Kaddish, lecture des noms des déportés, interventions personnelles, contribuent à l'émotion ressentie par les participants.

La Cité de la Muette à Drancy : le Monument de la Déportation

La Cité de la Muette à Drancy : le wagon témoinA Bobigny, la halle aux marchandises, devant les voies à disposition des trains en partance vers les camps de la mort

La lecture des noms devant la gare de Bobigny le 16 mai 2010

La traditionnelle visite annuelle au cimetière


L’association a pu obtenir un emplacement sur la colline de la déportation au Cimetière du Père-Lachaise. Le 26 Novembre 2006, une stèle fut inaugurée au cours d’une cérémonie officielle. Chaque année, entre Rosh Hashana et Yom Kippour, période ou traditionnellement les familles se rendent au cimetière, une réunion rassemble les membres de l’association devant cette stèle qui représente symboliquement en France la tombe des déportés du Convoi 73.

En 2013, la réunion s'est tenue le 10 septembre et a regroupé une centaine d'adhérents de l'Association devant la stèle, en présence du Rabbin Claude Lemmel.

La stèle du Convoi 73 au cimetière du Père Lachaise à Paris

Mise à jour le Dimanche, 15 Décembre 2013 11:54
 
Les témoignages des familles PDF Imprimer Envoyer

Une réalisation extrêmement importante est l’ouvrage intitulé « Nous sommes 900 français » ouvrage collectif hors commerce réalisé par Eve Line Blum qui compte sept volumes de 300 pages environ...

On y trouve tous les renseignements recueillis à ce jour sur le convoi 73 et il représente une documentation historique et géographique impressionnante. Ces volumes ont permis aux familles d'écrire leur témoignage sur leur déporté. Les textes et les photos sont très émouvants, chaque famille ayant cherché à donner un maximum d'informations et de documentation sur le déporté, ses origines, sa vie, son métier, les conditions de son arrestation, et la vie... après. Pour certaines familles, seuls les souvenirs transmis par les survivants peuvent être exprimés, aucune photo, aucun témoin matériel n'ayant subsisté après les spoliations des biens juifs.

Les dernières pages des volumes de « Nous sommes 900 Français » affichent les prénoms et dates de naissance des descendants, enfants, petits-enfants, neveux et nièces de ces déportés que les Nazis voulaient faire disparaître à tout jamais . Une belle revanche, en vérité.

Mise à jour le Dimanche, 03 Juillet 2016 20:01
 
Les voyages de la mémoire PDF Imprimer Envoyer

C'est une des activités importantes de l'association. Au cours de l'un de ces voyages, nous avons découvert le sous-camp de Praviéniskès où les déportés du Fort 9 étaient internés et où ils devaient extraire la tourbe des marécages et produire du bois de chauffage. Mourir aussi, et disparaître sans laisser de traces  Les habitants du lieu témoignent de ces faits, surtout les quelques survivants de la communauté juive de Kaunas qui les ont vécus.

Depuis 1995, un voyage a été organisé par l’association à peu près tous les deux ans.

Au cours des ans, des plaques commémoratives ont été posées dans les différents lieux où ont été exterminés les déportés du convoi 73 : sur le parvis du Fort IX de Kaunas, dans la forêt de Praviéniskès, sur le mur de la prison de Tallinn. Une « salle des Français » est installée dans le musée du Fort IX, salle très visitée pour son originalité et les documents qu’elle présente sur les déportés, leur famille, leur contexte social et professionnel.

Cette dédicace figure sur la plupart des dalles et des plaques à la mémoire des déportés du Convoi 73 :

Nous sommes vos fils et vos filles
vos frères et vos soeurs
vos épouses
vos petits-enfants
Nous sommes une partie de vous-mêmes
Vous êtes à jamais dans nos mémoires,
dans nos coeurs, dans nos vies.

En 2002, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah avait pris en charge la participation (voyage et séjour) d'Alex Faitelson, un des anciens détenus du Fort 9, Juif lituanien qui dès la libération s’installa en Israël. Il est mort en Mars 2010 entouré d‘une grande famille. Le soir de Noël 1943 il avait réussi l'exploit d'organiser son évasion du Fort IX en compagnie de 63 autres détenus. Pour les participants au voyage, il était fort émouvant de visiter ces lieux avec un témoin direct des conditions de détention de leurs parents. La soirée d’entretiens qu’il leur consacra se prolongea tard et donna lieu à la réalisation d’une vidéo par Béatrice et Patrick Reynier. Alex Faitelson s’exprimait en yiddish, traduit par Renée Kaluszynski.

Voir le livre de Faitelson Courage dans la tourmente en Lituanie 1941-1945 Mémoires du ghetto de Kovno, préfacé par Simone Veil, traduit de l’anglais par Eve Line Blum, éditions l’Harmattan (1999).

 

Alex Faitelson est décédé en 2010 entouré de sa nombreuse descendance

Mise à jour le Samedi, 04 Décembre 2010 21:57
 
« Convoi 73 Notre Lien », bulletin d’information PDF Imprimer Envoyer

Une lettre d'information paraît trois ou quatre fois par an. Intitulée « Convoi 73 Notre Lien », elle relate les faits marquants et les activités de l'association. Les adhérents qui ne peuvent participer à ces manifestations, soit du fait de leur âge ou de leur état de santé, soit du fait de l'éloignement, sont ainsi informés et reliés à l'association. Il est possible de recevoir un exemplaire de cette lettre d'information en la demandant à l'association.